BEN NODJI EN LIVE

Ben Nodji par Dominique Blanche

 

Depuis ma petite province, je me demande constamment si les Parisiens savent à quel point ils sont gâtés par la vie culturelle qui les entoure. J'ai entendu parler de Ben Nodji réellement à l'occasion des Jeudis de la Chanson. J'avais déjà lu son nom ici et là, mais l'expression 'Jeudis de la Chanson' avait quelque chose de l'ordre de la promesse, ce je-ne-sais-quoi alléchant, où l'artiste propose à d'autres artistes, amateurs ou pas, de chanter dans un lieu donné. Pour s'impliquer dans ce genre de projet, il faut être généreux, et assurément Ben Nodji est un chanteur généreux. Pour lui, la chanson est partage, pour lui, la chanson est amour, et il se réfère à Paul Valery qui disait que Vivre c'est Aimer, Ben Nodji clame que Chanter, c'est Aimer. Vous l'avez compris, on est très loin des mesquineries nombreuses, décriées du milieu chanson, dont nous avons hélas des échos par ici. Sa présence sur notre blog est en fait une évidence. Il est dans le monde de la chanson depuis de nombreuses années, infatigable, non-aigri, c'est sa beauté d'âme qui le rend important à nos yeux, et explique que quand tant d'autres ont raccroché, lui a su/pu continuer. A l'époque du tout-zapping, croyez-nous, ce n'est pas rien et nous sommes honorés qu'il ait accepté de répondre à nos questions, à l'occasion de son concert au Théâtre du Gouvernail, le 8 avril prochain.

Bonjour Ben Nodji, merci de nous accorder cette interview. Votre nom n'est pas inconnu dans le milieu de la chanson, on vous connaît notamment pour votre implication dans les jeudis de la Chanson. Qu'est-ce qui a fait qu'un jour, vous vous êtes levé et dit : Je vais chanter devant les gens ?

Le jour où je me suis levé pour me dire que je vais chanter devant les gens, c'est le jour où des chansons me sont parvenues. Je me suis levé un matin, et je me suis surpris en train de chantonner des mots, je dis bien de chantonner et non de dire des mots. Qui dit chantonner dit qu'il y a mélodie. A un moment je me suis arrêté pour me demander : mais d'où me venaient ces mots en mélodie? Eh bien, ça sortait du fin fond de moi. Peu importe les paramètres qui m'ont amené à ce stade, peu importe si je ne savais pas faire de musique jusque-là, une force de création venait de naître en moi avec une violence inouïe. L'envie de partager m'a saisi aussitôt avec la même violence. 

Comment vous-même vous définissez-vous ? Chanteur de chanson à texte, chanteur folk, de world music ?

 Cette question me met toujours mal à l'aise. C'est vrai que ma propre définition de ma musique est trop longue : j'ai coutume de dire que c'est un mélange de culture comorienne et de culture française qui donnent un genre de chanson française un peu à part. J'ai la faiblesse de concéder que je fais essentiellement de la chanson à texte. Certains trouvent qu'il y a de la world music là-dedans, d'autres disent que je chante et joue comme les grillots, moi, je suis un artisan de la chanson. 

Le théâtre du Gouvernail à Paris jouit d'une réputation de plus en plus importante dans le milieu chanson : y sont passés Isabeau, Jann Halexander, Clémence Savelli, Vincent Ahn, plus récemment Nicolas Bacchus, que représente cette scène pour vous ? Qu'attendez-vous du 8 avril ?

 Ecoutez, je ne connais pas cette scène. Mais en effet, sa réputation est parvenue jusqu'à mes oreilles. Je suis vraiment honoré, et même flatté qu'on me la propose. J'ai hâte d'y être et j'espère que je serai à la hauteur. J'attends que le Gouvernail soit rempli, que je fasse un set remarquable, que les spectateurs repartent enchantés et en parlent autour d'eux, et surtout, que mon travail par la suite soit pris au sérieux. Vous êtes en train de me donner une formidable chance, je me dois de saisir cette chance, (sans vouloir me mettre une pression inutile) pour montrer, j'insiste, que je fais quelque chose de sérieux.

Vous êtes, on pourrait dire, un 'habitué de la scène'. Avez-vous le trac avant de chanter ? Quel est votre meilleur souvenir à ce jour ?

Oui, j'ai toujours le trac avant d'aller chanter. J'ai beau rouler ma bosse, chaque fois, c'est comme la première fois. Mais ça fait partie du jeu. Un jeu qu'il faut gagner. Mon meilleur souvenir reste la scène bastille. Parce que ça faisait longtemps que je ne m'étais pas trouvé dans une vraie salle de spectacle. De plus, je suis arrivé en retard pour faire des balances. La billetterie était déjà ouverte, la salle se remplissait petit à petit. J'étais l'invité d'Abou Smith pour 30 minutes de scène, en première partie. Je me souviens que je voulais rentrer chez moi à l'insu de tous. J'avais l'estomac noué. J'avais en plus fait une journée de travail intérimaire, donc fatigué. Un vrai sale moment. Puis, le moment fatidique est arrivé, je me suis retrouvé sur cette grande scène, seul à la guitare et comme par miracle, dés que j'ai démarré, j'ai eu un relâchement qui m'a permis de vivre un excellent moment scénique. Je crois que le public l'a remarqué aussi. En tout cas, trois tenanciers de cafés-concerts, présents dans la salle, m'ont contacté pour faire des dates régulières dans leur établissement. Nous étions en 2011. Que le temps passe !

Ben Nodji : Rien n'est écrit d'avance

Est-ce que les Comores sont une source d'inspiration pour vous ? Aimeriez-vous d'ailleurs un jour y chanter ?

Mélodiquement, oui. Il y a quelque chose de la chanson comorienne dans mes airs. Incontestablement. C'est aussi une source d'inspiration pour les textes dans la mesure où personne n'a envie d'y vivre alors que c'est un beau pays. Mais plutôt que de disserter que c'est un beau pays, je chante la dangerosité de ce fait presque établi qu'il n'y a rien à faire, il faut partir...avec l'espérance d'inverser la tendance. Et puis, bien sûr, j'aimerais chanter aux Comores.

Une question plus légère, si on ose : votre plat préféré ?

Mon plat préféré? Le kouskouma. Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas. C'est une spécialité exclusive des Comores.

Merci !

Luc Melmont

 

Concert 'Chanter c'est Aimer'

 

8 avril 2017, 21h

 

Théâtre du Gouvernail, Paris, 01 48 03 49 92

L’AVENIR NOUS SOURIRA…

 

J’ai un mal atypique

Je cherche un diagnostic

Je n’fais pas de politique

Mais quelque chose m’indique

Ouvre le livre de l’autocritique

Il est même presque biblique

Pour trouver une optique

 Et l’avenir nous sourira

Car du nôtre on y mettra

Et le ciel s’éclaircira

Et la terre s’illuminera

La tolérance l’emportera

Et l’amour régnera 

Si j’ai pris une fausse route

Dès fois j’y pense dans mes doutes

Mais si quelqu’un voit mieux que moi

Alors il n’a pas le droit

De rester sans agir

De ne pas éblouir

D’ne même pas nous faire rire

 REFRAIN 

Et l’avenir nous sourira

Car du nôtre in y mettra

Et le ciel s’éclaircira

Et le monde s’humanisera

La tolérance l’emportera

Et l’amour régnera 

La tolérance l’emportera

Et la raison triomphera

Et ailleurs mieux on vivra

Et l’amour régnera 

 

Paroles et musique : Ben NODJI