La place du Gabon dans la chanson francophone : de Pierre Akendengué à Tita Nzebi 

 

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La situation actuellement étrange, effrayante, voire même potentiellement explosive à l'heure où on écrit ces lignes nous conduit à parler de la place assez démesurée par rapport à d'autres pays africains francophones, de ce pays dans la chanson à texte d'expression francophone. Nous n'allons pas proposer une analyse fouillée mais plutôt un panorama instructif. Qui montre que même par le biais de la chanson, l'histoire entre le Gabon/ la France/ la Francophonie est une longue histoire, sérieuse, riche. C'est la raison pour laquelle ce qui se passe dans ce pays de surface assez réduite, connu pour ses forêts, son pétrole est relativement bien couvert par les médias dans le monde entier, de la chaîne France Info à la BBC. Les manifestants gabonais qui luttent pour le respect de la démocratie dans leur pays emploient eux-mêmes le terme significatif de 'Printemps gabonais'. 

Pierre Akendengue - Mon pays entre soleil et pluie (Africa obota / Nandipo)

 

Le Gabon jouit d'une place à part en Afrique subsaharienne. Ce pays qui désirait dans les années 60 rejoindre les départements français, a très vite connu un développement économique qui l'a quelque peu isolé de ses pays voisins, en plus d'un isolement géographique lié à la densité de ses forêts, ses marécages, des montagnes peu élevées mais difficiles d'accès. Pays peu peuplé, avec néanmoins, une quarantaine d'ethnies. Mais où le français est la langue principale pour tous les aspects de la vie. Alors que le Lingala est une langue d'importance nationale en République Démocratique du Congo, que le français, l'anglais, voire parfois l'allemand se disputent la place au Cameroun en plus des 'dialectes', très tôt les Gabonais se sont appropriés la langue française. Doit t-on s'étonner alors de la place prépondérante à la fois dans la culture gabonaise et dans la culture francophone en général du chanteur Pierre Akendengué, qui certes a chanté en myènè, mais a aussi créé parmi les plus belles chansons du patrimoine francophone ? C'est l'occasion de le redécouvrir à travers des classiques qui suscitaient l'admiration de Claude Nougaro qui l'appelait l'Africain de la Chanson Française. Les jeunes générations redécouvrent l'importance de ces classiques, parfois même leur dimension prémonitoire car ils circulent énormément sur les réseaux sociaux : 'Considérable', 'Mon pays entre soleil et pluie' sont tout simplement des panthéons. Plus récemment, la poignante chanson 'Y'a plus de péché' sur un monde à la dérive. Au delà de l'expression francophone, ce qui frappe également c'est une sensibilité folk/chanson à texte, y compris en dialecte. Le chanteur n'est pas là simplement pour faire danser les gens, il conte, raconte, il exprime les joies, les blessures de tout un chacun et prend le pari de déranger. 

En cela, il a été un pionnier, il a déroulé un boulevard pour d'autres artistes des années plus tard. Annie-Flore Batchiellilys pourrait être qualifiée de Joan Baez gabonaise, avec sa guitare, ses longues tresses, un certain mysticisme, à travers 'Le chant c'est mon champ', 'Afrique mon toit'. On remarquera les mélodies travaillées, raffinées, les modulations de voix, on retrouve cette aspect 'conte/raconte'. 

Annie Flore Batchiellilys - Afrique, mon toit

 

Le groupe de rap Movaizhaleine a réussi, chose rare pour un groupe de rap africain, à franchir en notoriété les frontières gabonaises à travers un français mâtiné d'argot, certes, mais suffisamment accessible à n'importe qui ailleurs : 'C'est déjà là-bas', 'Haut les mains' , 'Aux choses du pays'. 

Movaizhaleine - Aux choses du pays

 

 Natif du Gabon, Jann Halexander au fur et à mesure s'inscrit dans cette lignée gabonaise, notamment en 2010 avec la chanson 'Gabon', suivie plus tard de 'Il est minuit Docteur Schweitzer' ou la poignante 'Mourir à Lambaréné'. Les arrangements piano austères de ses débuts ont laissé place à des arrangements plus 'variété' mais sa voix incantatoire, qui agace ou accroche, est restée la même. 

Jann Halexander – Mourir à Lambaréné [Spectacle 'Affidavit' 7/11/2015 - Paris]

 

 Ces artistes partagent en commun le Gabon en toile de fond, de façon continue pour les uns, épisodique pour les autres. Mais également un certain sens de l'engagement. Sur disque ou sur scène, ils sont eux-mêmes. Ils ne lissent pas les choses, les sentiments. S'ils apportent leur pierre au patrimoine gabonais, il serait hâtif de les qualifier d'ambassadeurs car qui dit ambassadeur dit 'lissage', 'neutralité', une certaine aseptisation, une volonté de ne pas déranger. Or leurs chansons ne sont pas forcément calibrées pour les discothèques. Les débats sur l'intermittence, les points retraites, le droit d'auteur semble les concerner mais de loin. Leur obsession est d'écrire, de chanter, et de porter les mots, quelques soient les sacrifices.

 

Dictature inavouée Auteur compositeur Tita Nzebi

  

Dans cette lignée, on rajoutera la chanteuse Tita Nzebi dont le titre 'Dictature inavouée' circule sur internet, faut-il s'en étonner, tant le texte, l'interprétation sont pleins de colère, de révolte.Une interprétation qui exprime le désir de dignité, de respect. Ce n'est donc pas de la musique 'commerciale', c'est de la musique à aimer, que l'on ressent au plus profond de nous-mêmes. On peut ne pas y être sensible, cela dépend de nos goûts, mais on ne peut nier le travail de création intense, la recherche, parfois précipité par l'actualité. 

Nul doute que d'autres talents gabonais vont éclore, surprendre, émerveiller... 

On prend ici toute la mesure de l'importance du Gabon, y compris pour de nombreux artistes français : Serge Gainsbourg qui y réalisa en 1983 'Equateur', Jacques Dutronc qui fait allusion avec légèreté à Port-Gentil dans son titre 'L'Aventurier'. Et évidemment, on doit évoquer le label Saravah, dirigé par le chanteur Pierre Barouh, qui a sorti dans les années 70 les premiers albums de Pierre Akendengué.

 Enfin, comment faire l'impasse sur la très belle hymne nationale 'La Concorde' qui connaît un regain de popularité au vu des événements et qui est même reprise par des groupes francophones ici et là. 

La CONCORDE Hymne National du Gabon chanté par Isaac John Djila

 

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Akendengu%C3%A9  

http://www.akendengue.com/ 

http://www.afrik.com/musik/tita-nzebi/artiste/2413 

http://www.africultures.com/php/?nav=personne&no=3991

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Jann_Halexander 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Movaizhaleine

 

L.M