Master Stromae

 

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 …Il est de bon ton chez les critiques musicaux, les experts etc qui ont quelque chose à dire d’affirmer au choix, ou tout à la fois :

- Qu’il n’y a plus d’innovation musicale.

- Que les bons artistes…sont morts.

- Qu’il n’y a à rien à espérer du côté francophone.

Je ne fais qu’énumérer quelques balivernes lues, entendues, vues ici et là.

Oyez, oyez, gentes dames, nobles messieurs, humbles gens : Stromae condense le meilleur de ce qui se fait en musique dans les années 2000 sans renier les courants passés. Celui qui avait explosé les charts européens avec cette ritournelle désabusée calibrée aussi bien pour les discothèques que pour les soirs de spleen en solo, Alors on danse, il y a trois ans à peine, montre toute l’étendue folle de son talent halluciné avec cette nouvelle chanson qui fait le buzz sur le web : Formidable. C’est une chanson des années-crise, qui est en même temps intemporelle, sur la déchéance humaine, la désillusion, la plongée sans retour. On pense à un lointain cousinage avec Ces gens-là. Texte simple et profond à la fois, efficace.

Il y a du Jacques Brel période dorée, du Solar à son apogée et l’atmosphère des années 2000 en ce jeune homme métis, maigre, aux yeux clairs. Le mélange chanté/parlé fonctionne, fascine, intrigue, attire aussi bien ceux qui aiment le rap que ceux qui aiment la Chanson. De Stromae émane une sensualité certaine, par sa gestuelle, sa voix reconnaissable entre mille.

Ces dernières années, en France, en Belgique, dans l’ensemble de la francophonie, on a vu émerger des artistes d’origine africaine, antillaise, maghrébine qui ont tracé, chacun à leur façon, avec une notoriété parfois énorme, parfois relative, leur chemin artistique en dehors des sentiers balisés un peu trop rapidement à leur égard par des soi-disant experts des musiques dites ethniques : Shy’m, Kelly Joyce, Ridan, Inna Modja, Jann Halexander, Urbain Rinaldo, tant d’autres dont j’ai parlé sur mes blogs. Des artistes ‘de couleur’ qui ont refusé les étiquettes, confrontés aux réticences de tous les côtés.

La soul, le rap, le reggae, le style r’n’b, la world music ne sont pas les lieux de passage obligés pour un sénégalais, par exemple, qui voudrait se lançer dans la musique. Ces styles sont des possibilités parmi d’autres maintenant. Des changements de mentalités, la démocratisation de l’expression créative (notamment grâce à internet) ont contribué à cela.

Une certaine voie avait été ouverte il y a des décennies par Henri Salvador, Marcel Mouloudji, plus tard Laurent Voulzy, Rachid Taha, Karim Kacel. Stromae, on peut le dire, figure l’apogée de cette mouvance, en cet été 2013, un symbole véritable du métissage, au sens plein du terme. J’ai employé le mot maître, en espérant un jour employer le mot empereur ou roi ou prince (soyons fous, démesurés) du paysage musical européen, à minima francophone, ce serait déjà pas mal.

Luc Melmont

http://lucmelmont.canalblog.com/

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